De la route de la mort au Huayna Potosi!

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Bolivie - La Paz
de K et G, le 01-06-2007

De la route de la mort au Huayna Potosi!

Comme nous vous l'annoncions dans la precedente newsletter, le programme allait etre sportif. Le lendemain, nous nous risquions donc a la route la plus perilleuse du monde, plus connue sous le nom de la route de la mort, a VTT. Au debut, avant d'atteindre la piste de 3.2m de largeur, Kindie usait beaucoup de ses freins. Sur le bitume, ca va tellement vite.
Et nous y sommes arrives. Le guide nous a souhaite la bienvenue sur la route de la mort et a dit: "Now, I am the boss. You'll do what I'll say!" ("Maintenant, je suis le chef. Vous ferez ce que je dirai!") Quand on voit toutes ces croix qui bordent le chemin, que les guides appellent "panneaux d'avertissement", on a plutot envie de bien ecouter les consignes. C'est tres simple: rouler a droite au cas ou un camion debarque sans prevenir, s'arreter quand le guide fait signe de s'arreter, gerer sa vitesse et rester attentif au danger car en une seconde le vol plane dans le precipice vous coute la vie.
Oui les paysages sont magnifiques mais pour les apprecier a loisir, il est preferable de se garer sur le cote... A partir de la, ca peut vite devenir sensationnel! Meme Kindie se laisse griser! Les secousses vous donnent l'impression d'avoir des entorces aux poignets mais c'est tellement de plaisir. Ca a passe trop vite! Nous avons enfile notre tee-shirt a l'arrivee. Dessus il est ecrit en anglais: "j'ai descendu la plus dangereuse route du monde et j'ai survecu." Apres cela, nous allions dans un hotel pour un buffet delicieux et une seance piscine bien agreable. Ceci etait compris dans le tour! Et la bonne surprise, c'etait surtout la douche chaude. Comme on dit: "apres l'effort, le reconfort!" Enfin, ce sont 63km de descente, alors on ne peut pas parler d'effort. Nous allions vous rassurer des notre retour a La Paz avec un petit coucou dans la breve.
Le lendemain, nous partions a la decouverte des ruines de Tiahuanaco, a 40km au sud du lac Titicaca. Ce centre ceremoniel fut construit par la civilisation pre-inca des Tiahuanacos il y a plus de 1000 ans. Les fouilles sont loin d'etre achevees et un programme est d'ailleurs en cours pour les poursuivre. Ce sol renferme encore surement de nombreux vestiges des temps passes! Quand nous avons penetre ce site, nous avons eu la sensation etrange de remonter le temps et tout ce mystere nous a intrigue. Sur les photos vous pourrez voir la pyramide d'Akapana et celle de Kalasasaya. On se croirait dans le dessin anime prefere de Guillaume: les cites d'or! Il y a aussi le monolithe du Pretre et la fameuse Puerta del Sol (porte du soleil), taillee dans un seul bloc d'andesite (roche volcanique). Elle pese minimum 44 tonnes et etait associee au dieu Soleil. Vous verrez egalement la Puerta de la Luna (porte de la lune) et le temple semi-souterrain avec ses 175 visages sculptes dans la pierre, c'etait une structure acoustique. C'est rigolo de s'entendre aussi fort! Vous decouvrirez enfin le Palacio de los Sarcofagos et des cliches instructifs des musees du site.
Apres cette bonne journee, nous preparions l'ascension du Huayna Potosi, notre premier 6000m! 6088 meme! La condition pour s'engager dans l'aventure etait d'avoir ete 7 jours a une altitude superieure a 3500m.
Le matin du depart, Guillaume n'etait pas au mieux de sa forme, ce qui etait preoccupant. Le premier jour, nous decouvrions notre equipe: Lucile, une jeune francaise de 21 ans, Steven ou Esteban en Castelliano, le decontracte du groupe et 2 israeliens, Uri et Avihai ou plutot "Shrek" puisque sa combinaison etait toute verte, il endossait ce surnom jusqu'a la fin de l'aventure. Nous avions 3 guides dont le notre: Miguel. Et sur toute cette fine equipe, 2 seulement ont atteint le sommet. Avant de partir au refuge, nous essayons notre equipement:
- des chaussures de marche,
- des crampons,
- un piolet,
- un sous pantalon tres epais,
- une combinaison a mettre par dessus le sous pantalon et le pantalon et les 4 pulls!
- des guetres,
- un blouson,
- des gants a mettre par dessus nos gants en laine,
- un bodrillet.
Nous devions ajouter a cela 3 paires de chaussettes minimum, des lunettes de soleil, un bonnet tres chaud et le tour etait joue...
Arrives au refuge, nous faisions connaissance de l'equipe qui venait de grimper le Huayna. Une seule personne, une fille, avait atteint la cumbre (le sommet): ca vous met en confiance ;-) Nous avons commence par nous rendre sur un glacier afin d'escalader une paroie de glace avec nos crampons et notre piolet, ce qui allait nous aider a grimper le Huayna et qui nous permettait de nous acclimater a l'altitude. De retour au refuge, un peu plus bas, a 4700m, nous apprenions a nous connaitre autour d'une bonne soupe chaude et allions nous coucher. Entre le mal d'altitude et le froid, la plupart d'entre nous n'a pas pu fermer l'oeil de la nuit. Pour Kindie, il y avait une raison de plus: Guillaume n'allait pas bien du tout.
Le lendemain, nous marchions 2h30 jusqu'a un autre refuge, a 5200m, toujours dans le but d'acclimater l'altitude en etant surs de ne pas prendre de risque. En effet, sans ces precautions, il y a de reels risques d'oedeme cerebral. Ce soir la, les guides ont fait fondre de la neige pour nous preparer une soupe et des pates. La, on se sent vraiment dans l'aventure. Dans cette sorte de tente ronde en taule, de 4m de diametre, nous etions tous les 9 allonges sur des matelas et serres les uns contre les autres pour nous tenir chaud, "comme des sardines" disaient les guides. Chacun y allait de sa chansonnette: y avait super ambiance! A 20h, c'est le couvre-feu. A minuit trente, le reveil sonne, personne n'a pu dormir (sauf les guides), le mal de l'altitude nous avait cause des douleurs dans la tete toute cette courte nuit! Guillaume est brulant de fievre. Kindie previent Miguel immediatement. "Que faire?" Miguel nous dit que nous allons commence l'ascension et si ca ne va pas, nous redescendrons. C'est parti donc. Nous allons tous deux encordes avec Miguel en tete, a un rythme plutot lent. Miguel nous dit: "on va a votre rythme. Si vous avez besoin de repos, vous arretez et si on arrive en haut, c'est que vous etes chanceux!" Kindie sent la fatigue tres vite et s'inquiete beaucoup pour Guillaume. Elle a une fringale mais envie de vomir en meme temps. Il faut quand meme avaler quelque chose. Nous croisons Esteban et Lucile. Esteban vomit a genoux dans la neige, son visage est decompose, il ne peut plus avancer, l'altitude a eu raison de lui. Notre guide encorde Lucile et Esteban redescend avec son guide. Lucile a une sacree peche! Ca y est, on arrive au glacier. Piolet en main, crampon plante, c'est pas le moment de flancher. On escalade la paroie et on continue de marcher. Puis nous croisons des grimpeurs qui nous disent qu'ils n'ont pas ete au sommet, il se sont arretes a la derniere paroie. Mais qu'est-ce qui nous attend la-haut?

Kindie raconte:

"Je m'endors en marchant mais je me motive encore. Dans ma tete, ca se bouscule: "allez, tu vas l'avoir ce sommet. Tout est dans la tete. Y faut que tu l'aies dans le collimateur..." Mais tout ca n'a pas suffit! Arrivee juste sous le sommet, a 5950m d'altitude, apres avoir marche toute la nuit, mon corps m'a dit NON! Et le guide aussi d'ailleurs. Il m'a desencordee en me serrant dans ses bras. J'avais des larmes dans les yeux. L'aventure s'arretait ici pour moi, a 2 pas du but! Je lui ai dit que je pouvais y arriver, il me faudrait plus de temps... Mais le soleil se levait, la glace allait fondre et le retour serait trop dangereux. Il fallait donc accepter ses limites. J'etais allee au bout de moi-meme. Miguel m'a dit de marcher en attendant. Le soleil se levait et me rechaufferait bientot. C'est la que j'ai pris des videos, pour vider un peu mon sac parce que j'en avais gros sur le coeur. Je pensais ne pas mettre ca sur le blog, c'etait trop intime et puis finalement on s'est dit tous les 2 que ce sont ces moments la les plus vrais qu'on vous a donne toute l'annee alors... Alors vous allez m'entendre "chialer"... ;-)

Guillaume raconte:

"Je n'en pouvais plus. J'avais soif mais l'eau etait glacee. Je voulais aller au sommet, mais le sommet sans Kindie c'est pas pareil, je me suis dit: "on a toute la vie devant nous pour recommencer alors je vais m'arreter la avec Kindie". Quand j'annonce ma decision, Miguel comprend. Kindie m'a dit a ce moment la: "on ne refera peut-etre pas un sommet si haut de si tot alors si tu te sens la force de le faire, fais-le, moi je vous attends la et je vais prendre des photos." Voila, apres environ 30 minutes de grimpe sur la glace, au piolet, j'arrivais avec Lucile et Miguel a 6088m. J'avais tres froid, tres soif, la morve au nez et je ne voyais plus bien de l'oeil droit, il y avait comme un voile blanc. J'avais envie de vomir. En fait, je venais de pousser mon corps dans ses retranchements et d'accomplir la chose la plus physique de ma vie. Miguel m'a serre fort dans ses bras, j'etais mort physiquement mais submerge par l'emotion a un point tel que je sentis mes yeux s'alourdir d'un peu d'eau... Miguel, quel homme! Jusqu'au bout il faisait son metier avec le plus grand professionnalisme et surtout avec un coeur de passionne. Je lui ai dit: "como haces, 3 veces para semana?! Eres no normal!" ("comment tu fais, 3 fois par semaine?! Tu n'es pas normal!") Il a rigole avec son si beau et pur sourire. En effet cet homme monte le Huayna Potosi environ 12 fois par mois et avec une passion inebranlee. Et croyez-moi, Miguel etait empli d'humilite. Son coeur, il l'a donne a la montagne. Dans la vie on a souvent des modeles, des personnes qui nous inspirent. Voila ce que me laisse le court passage de cet homme dans ma vie, bien au dela de l'epreuve sportive qu'il m'a aide a accomplir."

Kindie poursuit:

"Guillaume venait de decider d'y aller. J'etais tres inquiete mais je savais qu'il allait atteindre le sommet. Je lui hurlais des encouragements ainsi qu'a Lucile qui me confiait plus tard: "tu ne peux pas savoir comme ca m'a aidee!" Je prenais des cliches et j'avais droit malgre tout a un lever de soleil magnifique. Un italien d'un certain age descendait la paroie en rappel avec son guide, il a cru que je l'encourageais et m'a dit quelque chose que je n'ai pas compris mais il semblait heureux. Quand il est arrive il m'a dit de descendre avec lui, que j'allais congeler sur place en attendant ma cordee. J'ai eu peur que mon equipe s'inquiete en ne me trouvant pas mais le guide m'a dit: "c'est ton guide qui m'a dit de te recuperer quand je l'ai croise sur la paroie. Et puis, c'est traditionnel tu sais..." Ok, alors allons-y! Le jeune guide me comptait fleurette pendant que l'italien se marrait en douce. Puis j'ai parle de mon "esposo" qui etait surement a la cime maintenant... J'ai demande au guide ce qui pour lui represente le mieux la Bolivie. Il m'a repondu: "la cordillera real" (la chaine de montagnes sur laquelle nous etions). "Et vous Lorenzo, qu'est-ce qui d'apres vous represente le mieux l'Italie? Les pizzas?" Non m'a dit le vieil homme: "Florence! Rome! Venise!" Je ne sais plus comment le sujet est venu mais nous avons parle du parmesiano regiano. "J'adore ca!" Il suffisait de le dire! Mon italien a sorti son fromage et m'a dit de mordre dedans. Il n'avait pas de couteau et il y avait les traces de ses dents dans le parmesan. J'avais une envie de vomir extraordinaire mais comment refuser? Alors j'ai croque un bon morceau sous l'oeil attentif de mon nouvel amigo. J'ai dit: "personne ne me croira quand je vais dire que j'ai mange du parmesan avec un italien sur le Huayna Potosi!" Du coup, le guide s'est empare de mon appareil pour eterniser l'instant. Arrivee en bas, je retrouvais Esteban, Uri et Avihai. Ils dormaient. Aucun d'eux n'avaient atteint le sommet. Les 2 israeliens s'etaient arretes au meme endroit que moi. J'avoue que ca m'a consolee. Je sais, c'est pas cool! Et puis, Lucile, Guillaume et Miguel sont arrives et Guillaume, le visage plus marque que jamais, m'a dit: "je ne referai plus jamais ca de ma vie!" Mais depuis il a change d'avis..."
Le soir, nous nous sommes retrouves avec Esteban, Lucile, Uri et Avihai pour echanger les photos et pour manger une pizza geante: 76cm de diametre, du jamais vu! Malheureusement les guides n'ont pas pu venir: ils repartaient la nuit suivante au sommet. Si! Si! Comme dit Guillaume:"ces mecs-la, ce sont des extraterrestres!" Lucile s'est fait voler son sac a main avec tous ses papiers et son argent dedans. Nous etions 6 dans le cyber et n'avons rien vu!
Hier, nous nous sommes reposes.
Ce matin en Bolivie (cet apres-midi en France), nous avions un rendez-vous telephonique avec la classe de CP d'Heyrieux, la classe de la maitresse Maud. La seule classe que nous n'avions pas encore appelee. Quel accueil ils nous ont reserve! Ils etaient exites de pouvoir nous parler. Nous avons ete bombardes de questions, ils nous ont fait part d'un grand secret pour le dimanche 3 juin qui arrive, ils nous ont raconte la journee de rencontre interclasses du 04 mai, nous ont parle des moments de notre voyage qu'ils ont preferes et ont biensur demande des nouvelles de Charlie. Ils ont aussi repondu a nos questions. Certains nous ont fait des blagues, d'autres etaient tout emus, certains meme n'ont pas ose nous parler. Mais tous nous ont fait de gros bisous. Bref, GENIAL!
Cet apres-midi, nous irons visiter le musee de la coca et des endroits de La Paz que nous ne connaissons pas encore. Le soir, a 22h30, nous serons a l'aeroport international le plus haut du monde. Les avions y decolent apres 5km de piste et ils doivent voler 2 fois plus vite qu'au niveau de la mer pour atterir, afin de compenser la densite atmospherique plus basse. Meme les distances de freinage sont plus importantes, du coup les avions sont equipes de pneus speciaux! Ce sera donc l'atterissage en folie de Didier et Titia (de son vrai prenom Laetitia mais on ne l'appelle jamais comme ca), le pere et la soeur de Guillaume! Nous les attendrons a bon port avec un p'tit cadeau de bienvenue et une gourde de chachacoma (vous vous souvenez de cette plante du Chili qui aide a lutter contre le mal de l'altitude). Neuf mois plus tard, au bout du monde, ca va donner...

Grosses bises a tous de vos grimpeurs en herbe.

Au fait, Charlie n'a pas voulu escalader le Huayna, il avait trop froid alors on l'a laisse dans le refuge faire un gros dodo... Il n'a encore que 10 mois quand meme...

PS: pour le 3 juin, jour de notre fete des meres, il y a des chansons d'Amerique latine pour toutes les mamans dans la partie "album audio", Bolivie, Feliz dia mama. C'est notre surprise, notre cadeau a toutes.

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